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Raqqa : se sauver pour survivre

 

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Fuir les combats à Raqqa signifie entreprendre des voyages périlleux pour être en sécurité. Des mères, des pères et des enfants doivent échapper aux tireurs d’élite et éviter les mines terrestres en cours de route, puis passer des semaines à courir de ferme en ferme et à dormir dehors avant d’arriver dans un camp où ils peuvent au moins avoir à nouveau accès à des services de base. La vie de ceux et celles qui restent pris au piège à Raqqa demeure en grand danger, tandis que les combats intenses se poursuivent.

J’ai récemment visité deux camps où séjournent des milliers de familles qui ont réussi à fuir Raqqa. Le premier, situé à Ain Issa, se trouve à 50 kilomètres au nord de la ville.

Nous avons quitté le bureau de l’UNICEF à 5 heures du matin et sommes arrivés au camp cinq heures plus tard. Il faisait déjà chaud. La température peut atteindre les 45 degrés Celsius, rendant la vie des familles et des enfants dans le camp encore plus difficile.

Les travailleuses et travailleurs de la santé m’ont dit que deux enfants d’une même famille, l’un âgé d’un an et l’autre de sept mois, sont décédés immédiatement après leur arrivée. Souffrant de malnutrition sévère aiguë, ils ont eu des complications, et le personnel de la santé n’a pas pu les évacuer vers un hôpital pour obtenir un traitement spécialisé.

Les installations médicales du camp sont équipées pour administrer les soins primaires de base et des vaccins, et pour effectuer des examens nutritionnels. Les personnes qui ont besoin de traitements médicaux spécialisés doivent être évacuées, ce qui représente un défi. J’ai vu un grand nombre d’enfants, de personnes âgées et de femmes dans un état critique incapables de recevoir un traitement assez rapidement. Les problèmes de sécurité et les procédures administratives très lentes limitent la liberté de mouvement, ce qui influe sur le bien-être des enfants et de leur famille.

Le camp d’Ain Issa accueille actuellement quelque 6 000 personnes, bien que de nombreuses familles ne restent que peu de temps. Les responsables du camp m’ont dit que jusqu’à 200 familles arrivent chaque jour de Raqqa. Il y a trois semaines, près de 39 000 personnes sont arrivées en un seul jour, puis sont parties une semaine plus tard. Cela représente une énorme charge pour les travailleuses et travailleurs humanitaires et pour les premiers répondants.

Une communauté perdue

Après des années de siège, beaucoup de familles que j’ai rencontrées au camp semblaient perdues. Elles n’étaient présentes que physiquement.

Beaucoup d’enfants ont été exposés à une violence extrême et au conflit. Ils paraissaient traumatisés. Ils ne jouaient pas, ne couraient pas et ne riaient pas comme des enfants normaux. Ils ne voulaient pas engager de conversation. Ils paraissaient simplement indifférents et froids.

Les familles en fuite luttaient pour s’adapter à cette vie. Elles m’ont dit qu’elles possédaient des maisons, des fermes; qu’elles menaient une vie normale avant. Mais elles ont tout perdu, très rapidement. Elles ne se préoccupent maintenant que d’une seule chose : leur sécurité et celle de leurs enfants.

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Au camp d’Ain Issa, en Syrie, une nutritionniste de l’UNICEF examine le jeune Rahaf, âgé de 18 mois, afin d’évaluer s’il souffre de malnutrition.

Physiquement, de nombreux enfants présentent de graves carences en micronutriments, ce qui peut nuire de façon importante à leur croissance mentale et physique. À Ain Issa, j’ai effectué des dépistages de la malnutrition chez 20 enfants. Parmi les plus jeunes, certains avaient les hanches ou les épaules disloquées, ce qui aurait dû être traité immédiatement. Il était clair que les mères de ces enfants n’avaient pas eu accès à des sages-femmes qualifiées lors de l’accouchement.

Beaucoup de mères paraissaient elles-mêmes dénutries, faibles et épuisées.

Je leur ai expliqué comment utiliser les sachets de micronutriments distribués par l’UNICEF. Ces sachets contiennent des multivitamines pour les enfants qui n’ont pas accès à des aliments frais.

Une hygiène adéquate est également une priorité absolue, car le nombre de cas de diarrhée est à la hausse. Les travailleuses et les travailleurs de la santé disent recevoir près de 200 cas par jour.

Fuir vers la sécurité

Une mère m’a dit que ses enfants et elle ont fui Raqqa sans rien apporter avec eux. Un jour, après avoir passé l’après-midi avec ses parents, ses enfants et elles sont retournés chez eux et ont trouvé leur maison détruite. Ils ont fui pour ne pas être tués.

La mère, ses huit enfants, son père âgé et ses deux frères, aveugles depuis leur naissance, ont fui pendant quatre semaines. Les seuls abris qu’ils trouvaient étaient les quelques buissons qui parsemaient le paysage aride, jusqu’à ce qu’ils arrivent enfin au camp. « Nous sommes heureux d’être arrivés ici en vie », m’a-t-elle dit.

« Notre vie s’est arrêtée. Tout a été détruit », a-t-elle ajouté en parlant de ce qu’ils avaient laissé à Raqqa.

La plupart des mères avec qui j’ai parlé étaient émotivement apathiques. Elles ne parvenaient pas à prononcer des phrases complètes, mais simplement quelques mots ou de brèves réponses qui me renseignaient peu. Plus je les interrogeais, plus c’était douloureux.

Elles ont dit avoir été coupées de la vie. Elles n’avaient pas d’électricité. Elles n’avaient pas regardé la télévision depuis des années. Elles n’avaient rien.

« Nous vivions en enfer », m’a dit l’une d’elles.

Toutes voulaient oublier le passé, comme s’il n’avait jamais existé. Toutes les personnes que j’ai rencontrées, les mères, les pères, les enfants, étaient traumatisées. Elles ne voulaient pas parler de leur passé. Leur souffrance persistait, enfermée en elles.

Coincés dans les limbes

Nous avons quitté Ain Issa et avons conduit pendant deux heures jusqu’à Mabrouka, un autre camp comptant près de 1 700 personnes réfugiées qui ont fui Raqqa.

Mabrouka est situé dans une région déserte et isolée. C’est un environnement difficile, et toutes les personnes que j’ai rencontrées veulent en partir, mais, pour le moment, elles sont en sécurité.

Une jeune mère qui paraissait très triste était incapable de prononcer la moindre phrase complète. Elle voulait pleurer, mais elle ne pouvait pas.

Elle a finalement commencé à s’ouvrir. « Je veux partir », a-t-elle murmuré.

« Hier, j’ai perdu ma nièce. Aidez-moi à sauver mes deux filles », a-t-elle supplié.

J’ai vu une autre femme qui souffrait d’une hémorragie. Sa vie était en danger; elle devait être évacuée de toute urgence.

Le déplacement des personnes à destination et en provenance de ces sites, en particulier de Mabrouka, représente un immense défi. Le voyage pour y arriver est très dangereux, tandis que l’autorisation nécessaire pour quitter le camp est accordée de façon sporadique et peut prendre jusqu’à un mois. Pendant ce temps, les mères et les enfants ne peuvent pas toujours obtenir le traitement médical dont ils ont besoin de toute urgence.

Je pense aux familles toujours prises au piège au milieu des combats intenses à Raqqa, qui doivent vivre un enfer. Si elles parviennent à survivre aux combats, elles risquent de mourir en fuyant vers la sécurité. Si elles survivent au voyage, elles ont besoin d’une aide immédiate et essentielle dès leur arrivée dans les camps.

Nous sommes prêts à procurer ces services, mais nous devons avoir un accès sécurisé pour intervenir de manière efficace. En même temps, les enfants et la population civile dont l’état de santé est critique doivent pouvoir sortir en sécurité de Raqqa et des camps, le cas échéant, afin d’être traités adéquatement.

La Dre Rajia Sharhan est une spécialiste de la nutrition d’UNICEF Syrie.

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