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À la rencontre de réfugiés syriens en Jordanie : Après cinq années de conflit, les enfants réfugiés espèrent retrouver leur maison, la paix et leur école.

Par Meg French, la Chef des programmes internationaux et des affaires publiques d’UNICEF Canada.

Lorsque vous décrivez le conflit en Syrie, vous pouvez aborder le sujet sous deux angles différents. D’un côté, vous pouvez vous en tenir aux faits. Dire qu’avant le début du conflit, presque tous les enfants en Syrie allaient à l’école, que le taux d’alphabétisation était de 90 %, et que l’économie du pays affichait un revenu intermédiaire qui assurait à une grande partie de la population un niveau de vie décent. Vous pouvez dire ensuite qu’à présent, 80 % de cette population vit dans une pauvreté extrême, et qu’après six années de conflit, 6,5 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays, tandis que presque 4,5 millions ont fui à l’extérieur de celui-ci. Depuis 2011, chaque heure de la journée, ce sont en moyenne 50 familles syriennes qui sont déplacées hors de leur foyer. Vous pouvez parler des 8,25 millions d’enfants qui ont besoin d’un soutien urgent en Syrie et dans la région avoisinante. Vous pouvez dire qu’un tiers des hôpitaux et un quart des écoles du pays, soit 5 000 écoles, ne fonctionnent plus.  Que 2,8 millions d’enfants ne sont pas scolarisés et que le pourcentage d’enfants qui travaillent, ainsi que le nombre de mariages d’enfants, augmentent sans cesse, car les parents cherchent des moyens de faire face au désespoir qu’a engendré le conflit. Vous pouvez évoquer les huit milliards de dollars nécessaires aux Nations Unies, cette année, pour aider à mettre en œuvre une solution temporaire au conflit, tandis que nous attendons que la communauté internationale agisse de concert pour trouver une solution pacifique finale. 

D’un autre côté, vous pouvez expliquer l’histoire de ce conflit en racontant des histoires d’enfants, de femmes et d’hommes dont la vie est bouleversée par la crise.

Je reviens tout juste de Jordanie, un pays qui a connu un énorme afflux de réfugiés syriens au cours des six dernières années. La Jordanie peine à répondre aux besoins de plus de 600 000 réfugiés à qui elle doit fournir les logements, les écoles et les soins de santé nécessaires. En Jordanie, j’ai rencontré des familles ayant fui leur foyer et j’ai entendu l’histoire de personnes dont la vie a été totalement bouleversée dans leur recherche d’un lieu sécuritaire et d’un avenir pour leurs enfants. La plupart de ces personnes gardent espoir de pouvoir un jour rentrer chez elles.

Photo of the Zaatari refugee camp in Jordan

Du camp de réfugiés de Zaatari jusqu’au Canada

J’ai visité le camp de réfugiés de Zaatari, situé à 15 kilomètres de la frontière syrienne, qui abrite quelque 80 000 personnes. J’ai rencontré là une famille qui a fui la Syrie lorsque l’armée est venue pour recruter Mohammad, le père. C’était un champion de boxe et l’armée voulait le recruter pour lutter au sein des troupes du régime de Bashar Al-Assad. Mohammad a alors fui dans la nuit et sa famille a suivi. Son logement au camp de Zaatari est un conteneur de 8,5 pieds par 15 pieds, dans lequel il vit avec sa femme et leur fils âgé de deux ans, né dans le camp. Ses parents, sa sœur et la famille de celle-ci vivent proche.

Dans le cadre d’un programme de l’UNICEF, Mohammad s’est porté bénévole comme entraîneur de boxe auprès de jeunes garçons du camp. Les réfugiés syriens en Jordanie ne pouvant pas accéder à des emplois, il est rémunéré pour ce travail. Le soutien qu’il apporte ainsi à ces garçons qui ont vécu tant d’épreuves est énorme. Tandis que je suis assise chez lui avec sa famille qui m’a généreusement accueillie, il me raconte comment il enseigne aux garçons l’importance du travail d’équipe, de l’esprit sportif et le sens des responsabilités. Il a reçu une formation qui l’aide à identifier et à conseiller les enfants souffrant de traumatismes. Ainsi, quand il décerne de l’agression chez un jeune, il rend visite à la famille du garçon pour qu’ils travaillent ensemble à amener l’enfant à utiliser un autre mécanisme d’adaptation.

Mohammad’s family

Par son travail avec l’UNICEF, Mohammad a influencé positivement la vie de centaines de garçons. Il va beaucoup manquer à l’équipe de l’UNICEF et aux familles vivant dans le camp de Zaatari, car lui et sa famille se préparent à partir pour le Canada. Mohammad a d’abord pensé tenter se rendre en Allemagne où il a de la parenté, mais lorsque deux de ses élèves lui ont raconté comment leur oncle et leur mère étaient morts au cours du dangereux voyage en bateau vers l’Europe, il a décidé que le Canada était la meilleure option. Mohammad m’a confié qu’il se sentait inquiet devant la nécessité d’apprendre l’anglais et de trouver du travail. Il se dit triste de quitter la communauté et les garçons qu’il entraîne, mais il croît que partir au Canada reste le meilleur espoir d’un avenir meilleur pour son fils.

L’éducation formelle et informelle est cruciale pour l’avenir des enfants réfugiés.

Dans le camp de Zaatari, j’ai également discuté avec des filles et des garçons qui étudiaient pour passer leurs examens du secondaire, dans le cadre du système éducatif en Jordanie. Ces examens sont difficiles, mais les enfants reçoivent une aide supplémentaire dans les cours de rattrapage soutenus par l’UNICEF, ainsi que dans les écoles que notre organisme a créées dans le camp et qu’il met en œuvre. Le jour où j’ai visité l’une de ces écoles, il n’y avait que 20 filles environ dans la classe, car il pleuvait et le chemin boueux à parcourir par ce temps froid et humide obligeait les enfants à rester chez eux. Les fillettes m’ont dit que certaines de leurs amies ne venaient plus à l’école, car elles avaient été mariées. Ces élèves m’ont aussi raconté leur espoir d’aller à l’université pour devenir enseignantes, avocates et docteurs.

Syrian girls walking to school in the Zaatari refugee camp in Jordan

J’ai également rencontré des familles établies à l’extérieur des camps au sein de communautés d’accueil jordaniennes.  Une de ces familles vivait à Baqaa, qui est, techniquement parlant, un ancien camp de réfugiés palestiniens créé en 1948, mais devenu une ville dotée de bâtiments permanents, d’écoles, de boutiques et de mosquées. C’est là que j’ai fait là la connaissance de Yunis, un garçon âgé de 12 ans qui vit avec ses parents et ses sept frères et sœurs. La famille avait fui la ville d’Alep, en Syrie, en 2011, au début de la crise. Elle possédait autrefois une ferme, mais vivait maintenant dans une maison n’ayant qu’une pièce avec un vrai toit.  Les autres pièces ne possèdent qu’un toit en tôle qui laisse passer la pluie, rendant la maison froide et humide en hiver. On m’a servi du thé sucré qui m’a réchauffée dans cette pièce glacée. 

Yunis va à l’école avec l’une de ses sœurs, mais la famille est trop pauvre pour pouvoir scolariser ses autres enfants en raison des coûts liés à l’éducation.  La famille reçoit une allocation en espèces versée par l’agence des Nations Unies pour les réfugiés. Elle est cependant insuffisante pour couvrir tous les frais comme le loyer, la nourriture, les vêtements et le transport, et les parents de Yunis ne sont pas autorisés à travailler. 

Faute de pouvoir aller à l’école, les frères et sœurs de Yunis fréquentent donc le centre Makani local. Makani signifie « mon espace ». L’UNICEF a créé plus de 200 de ces centres à l’échelle de la Jordanie, qui permettent d’offrir une éducation informelle aux enfants sans accès à l’éducation. Ces enfants viennent trois fois par semaine au centre suivre des cours d’arabe, de mathématiques, d’anglais et de musique. Le centre fournit également une aide psychologique aux enfants traumatisés par le conflit syrien. J’ai visité le centre, et c’était merveilleux de voir les jeunes si motivés à apprendre. Ces enfants de tout âge riaient et jouaient en découvrant les lettres, la structure des phrases et le vocabulaire anglais. Quelque 2 000 enfants sont inscrits au centre, mais plus de 1 000 sont sur la liste d’attente. Une preuve évidente du succès du programme et des besoins énormes qu’il reste à combler.

Réfugiés dès la naissance : la seule vie que ces enfants ont connue est celle dans des camps

Les besoins sont pressants. J’ai rencontré des mères qui recevaient des conseils sur l’allaitement au sein et l’alimentation des nourrissons. Plus de 5 000 bébés sont nés depuis l’ouverture du camp de Zaatari. La seule vie que ces enfants ont connue est celle d’un camp de réfugiés. J’ai parlé avec une famille dont le père était parti au Koweït pour essayer de gagner un peu d’argent, mais qui a été mis en prison pour travail illégal. La vie est donc maintenant encore plus difficile pour la famille, avec un enfant handicapé et une grand-mère âgée et malade.  

Une des histoires les plus terribles que j’ai entendue est celle d’une petite fille, âgée d’à peine quatre ans qui, pour fuir le conflit, a traversé en camionnette avec sa famille le désert de Syrie jusqu’à la frontière jordanienne. L’État islamique (l’ÉI) a alors arrêté le véhicule et emmené tous les hommes, dont le père de la fillette. Sa mère et elle n’en ont depuis aucune nouvelle et elles attendent à la frontière, avec plus de 25 000 autres Syriens, le droit d’entrer en Jordanie. Dans les camps jordaniens, un très grand nombre de foyers ont une femme comme chef de famille.

Et malgré tout cela, les familles syriennes que j’ai rencontrées rêvent encore de rentrer chez elles. Durant mon dernier jour en Jordanie, alors que j’étais sur une colline située à un kilomètre de la frontière syrienne, j’ai pensé à elles et j’ai regardé au loin la ville de Daraa. C’est là que vivaient autrefois la plupart des enfants et leur famille avec qui j’ai discuté. C’est la ville où ils veulent retourner. Si proche, et pourtant si loin pour eux.

Mural at local Makani centre

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