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Blogue de David Morley : Bâtir un Haïti meilleur pour Kathleen

Par David Morley
Président et chef de la direction d’UNICEF Canada

Haïti, le 25 octobre, 2011

Les rues et les ruelles de Port-au-Prince sont très animées; sur le bord des routes, dans les zones touristiques, les gens vendent des produits allant des bibelots à l’artisanat, aux meubles, vêtements et produits de beauté dans les quartiers de la classe ouvrière. Quelques rues plus loin, en face d’un petit village composé de tentes, des hommes cassent des décombres à la main dans la chaleur étouffante, avant d’en extraire les tiges de fer tordues pour les vendre. J’ai entendu dire qu’une partie des décombres était pulvérisée, puis recyclée afin d’en faire du ciment.

Il est facile de critiquer la lenteur du processus de déblaiement et de reconstruction, mais rappelez-vous les décombres du World Trade Centre, ils ont été enlevés au même rythme, et, lorsque des êtres chers sont toujours sous les ruines, cela apparaît encore plus long. De plus, les conséquences économiques du tremblement de terre ont été horribles : en l’espace de 45 secondes, le pays le plus démuni des Amériques a perdu l’équivalent d’une année entière de produit intérieur brut. Aucun autre pays dans l’histoire n’a jamais accusé de telle perte.

Hier, nous avons toutefois visité une école que nous avons reconstruite. Les classes sont bien ventilées, fraîches, et elles sont antisismiques. « Même si on affirme qu’elles sont semi-permanentes, ces salles de classe dureront toute une génération, explique madame Marie Ginette, la première ingénieure haïtienne que j’ai rencontrée. Et les enfants n’ont pas peur d’y entrer, car le toit n’est pas en ciment. »

Toutes les écoles publiques, communautaires et privées, qui étaient ouvertes avant le tremblement de terre sont à nouveau opérationnelles. Mais sachez que cela ne suffit pas. Près de 15 pour cent des enfants en Haïti vont à l’école publique; 35 pour cent vont dans des écoles non publiques; et 50 pour cent ne sont pas scolarisés. Nous travaillons avec le gouvernement sur un plan quinquennal visant à rendre l’éducation primaire gratuite et accessible pour tous les enfants en Haïti, ce qui constituerait la révolution dont ce pays a besoin.

« Mais comment le gouvernement paiera-t-il tout cela? » ai-je demandé.

Deux taxes seront instaurées pour l’éducation; l’une sera appliquée aux appels interurbains et outre-mer entrants, et l’autre, sur les paiements qui proviennent de l’étranger. C’est un moyen de rendre ce programme viable. »

Une fois arrivés à Tabarre, un village de tentes situé non loin de l’aéroport, nous avons joué à des jeux dans un espace adapté aux enfants en compagnie d’autres jeunes bénévoles formidables, qui s’efforcent d’améliorer les conditions de vie des enfants dans leur communauté. À l’hôpital universitaire, nous avons vu des infirmières et des infirmiers prendre soin d’enfants dénutris dans un centre d’alimentation. Puis, dans une maison convertie, nous avons rencontré un groupe de personnes qui accueillent des enfants vivant dans la rue et aident les parents à rebâtir leur vie. Nous constatons encore une fois l’élément clé de la durabilité : des Haïtiennes et des Haïtiens remarquables qui travaillent fort pour s’occuper de leurs enfants et de leur communauté, et s’efforcent d’améliorer leur pays.

Notre mission ici consiste à déterminer comment nous pouvons soutenir les efforts de toutes ces personnes, des représentantes et représentants du gouvernement aux intervenantes et intervenants dans les aires de jeu des villages de tentes, car ces personnes sont toutes déterminées à bâtir l’Haïti de leurs rêves pour les enfants. Cela signifie s’employer à établir, en collaboration avec le gouvernement, de meilleurs systèmes pour le bien-être, la santé et l’éducation des enfants, et former des membres de la communauté relativement au développement et aux droits de l’enfant.

Puis j’ai rencontré Kathleen. Elle n’avait que deux mois et sa vie ne tenait qu’à un fil lorsqu’elle est arrivée au centre d’alimentation de l’hôpital, où le personnel l’a nourrie et l’a remise sur pieds. Ses parents étaient déjà partis lorsqu’elle a recouvré la santé. Elle vit donc maintenant dans la salle commune, car personne n’est venu la chercher. Le personnel infirmier la nourrit et joue avec elle, mais des mois se sont écoulés. Elle est en bonne santé, mais elle n’a nulle part où aller. Nous allons entreprendre des démarches, et notre personnel responsable de la protection de l’enfant s’assurera de sa prise en charge dans l’un des bons orphelinats locaux : je n’ai d’ailleurs même pas mentionné le travail que nous avons effectué pour réglementer et améliorer les orphelinats locaux, ni nos efforts pour réglementer les adoptions internationales. Je suis incapable d’imaginer l’amour qui a conduit sa mère à la mettre au monde, puis le désespoir qui l’a menée à la laisser à l’hôpital où, au moins, elle pourrait avoir une chance de survivre.

Il y a deux ans, lorsque je suis venu ici, j’avais perçu une bouffée d’optimisme dans l’air. Maintenant que la moitié des décombres ont été déblayés, que les deux tiers des personnes déplacées ont quitté les villages de tentes, et qu’un gouvernement est enfin en place, je sens à nouveau ce léger parfum d’optimisme. Il y a cependant une jeune fille, Kathleen, qui me rappelle le chemin qu’il a fallu parcourir pour arriver là et pourquoi nous devons continuer.