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Blogue de David Morley : l’hôpital du district de Wajir

Par David Morley
Président et chef de la direction d’UNICEF Canada

Il a plu pendant des heures la nuit dernière, une pluie qui martelait les toits et qui a saturé le sol et inondé les routes de Wajir, les laissant boueuses. J’imagine que la route poussiéreuse sur laquelle nous avons roulé pendant des heures hier doit être quasi impraticable aujourd’hui. Le stationnement de l’hôpital du district de Wajir, un champ sale et sec, s’est transformé en lagon avec, en son milieu, le principal puits principal de l’établissement.

Cette pluie rend les gens heureux, mais dans ce pays de contrastes, l’eau stagnante constituera un terreau propice au paludisme et au choléra, sans oublier que les animaux mouillés et faibles mourront de pneumonie et leur carcasse risque de contaminer davantage l’eau souterraine. 

Cette région du Kenya a été laissée-pour-compte et privée d’investissements depuis des années. L’hôpital, qui compte 118 lits et un médecin, est un complexe animé regroupant des maisons de plain-pied en blocs de ciment construites en 1944 durant la période coloniale britannique par des ouvriers de la région et des prisonniers de guerre italiens, comme en fait foi l’inscription sur la première pierre. L’infirmier en chef nous explique : « C’est un poste très exigeant pour les médecins. Il sourit d’un air contrit. Je viens de Wajir, mais il n’y a pas suffisamment de mesures incitatives pour qu’un médecin de Nairobi s’installe ici. Nous avons besoin de former davantage de professionnels locaux; la solution réside vraiment dans la dotation de personnel local. »

Cela étant dit, l’hôpital m’a semblé tout aussi actif que les autres hôpitaux de district rural que j’ai visités au Kenya. On y traite surtout des cas de malnutrition, en raison de la sécheresse, ainsi que des cas de paludisme, de pneumonie et de tuberculose; on compte 60 cabines d’isolement pour les tuberculeux, réparties sur le terrain près de l’établissement,

« Nous avons du très bon personnel ici, mais sans le soutien de l’UNICEF, nous ne pourrions pas accomplir tout ce travail. » Bien que l’aide que nous apportons, notamment l’approvisionnement en fournitures médicales, ait largement contribué à améliorer la santé des malades, je le soupçonne d’exagérer. Il ne fait aucun doute que le personnel hospitalier est dévoué et travaille lui aussi très fort dans des conditions difficiles afin d’améliorer la situation. 

Au son de la pluie tambourinant sur les toits de métal, nous avons emprunté les trottoirs traversant l’eau stagnante et menant au service de pédiatrie. J’aime les centres d’alimentation thérapeutique; ils font partie de mes endroits préférés, car même si l’état des enfants dénutris qui se présentent ici semble vraiment désespéré, nous savons comment les remettre sur pied. C’est simple, efficace et peu coûteux. Au fur et à mesure que les enfants prennent du mieux, ils deviennent plus bruyants et recommencent à jouer – du bruit qui fait chaud au cœur.

Mais parfois, cela s’avère plus difficile. Non seulement en raison de la logistique et de la situation politique, mais aussi de la culture locale. Une mère a amené son bébé mourant au service de pédiatrie et devant la perspective de voir son enfant intubé, elle a refusé le traitement, car une personne âgée de son village lui avait conseillé d’agir ainsi. Safora, membre de notre équipe, a entrepris de la faire changer d’idée. « Ne me dis pas que c’est la volonté de Dieu si ton bébé meurt. Si c’est ce que tu crois, pourquoi es-tu venue ici? N’est-ce pas Dieu qui a fait ça aussi? » Elle pointait la solution de réhydratation orale dans le sac pour perfusion intraveineuse, prête à être administrée à l’enfant.

La mère a secoué la tête.

« Qu’est-ce que ton mari va dire? C’est son premier enfant à lui aussi. » Le père de l’enfant est un berger, parti quelque part dans le désert.

« Tu peux améliorer la santé de ton bébé, plaide Safora. Essaie au moins. »

La mère a finalement consenti et il a suffi de quelques minutes pour que Mohammed soit intubé et qu’il essaie même de prendre le sein. Maintenant, la mère et l’enfant sont étendus sur le lit et elle a le sourire aux lèvres.

Comment peut-on se mettre à la place de ces personnes aux prises avec une telle sécheresse et l’extrême dévastation qui l’accompagne? Il doit être tellement difficile de continuer d’espérer que cet hôpital redonne la santé à un enfant et de croire qu’il puisse vraiment guérir les malades. Je ne sais pas si je garderais espoir dans une telle situation ni si j’aurais le courage de me rendre à cet hôpital surpeuplé et loin des normes d’hygiène d’ici, au Canada, mais ce serait mon seul espoir. Voilà une autre raison qui me fait aimer à ce point les centres d’alimentation thérapeutique; non seulement ils représentent des endroits formidables pour redonner la santé aux enfants, mais ce sont des lieux qui nourrissent le courage et l’espoir.