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Blogue de David Morley : La fin d’une époque

Par David Morley
président et chef de la direction d’UNICEF Canada

Le paysage au nord-est du Kenya est plat, poussiéreux et très sec. Le sable s’infiltre partout. Perchés dans les acacias, ces arbres qui ont résisté à la sécheresse, des urubus à tête rouge attendent pour picorer les ordures.

« Ces oiseaux portent chance », me dit Regina, une spécialiste en nutrition de l’UNICEF. Heureusement qu’ils sont nombreux, ai-je pensé, parce que l’endroit a vraiment besoin de tous les porte-bonheurs possibles.

Le terrain est plat. À mes yeux, les plus hautes collines sont formées par les termitières émergeant du sol rouge qui ressemblent à de petits châteaux médiévaux. 
« Les serpents aiment s’y cacher », me prévient Regina. Contrairement aux urubus à tête rouge, il n’y a rien de chanceux là-dedans.

La sécheresse qui a engendré la famine en Somalie n’a pas épargné cette partie occidentale du Kenya, près de la frontière. Dans le village de Labisigale, à environ 20 kilomètres de Dadaab, l’eau a complètement disparu. L’UNICEF a creusé dans une cour d’école dans l’espoir de trouver une source. À 94 mètres, soit l’équivalent de 10 étages sous terre, la mèche de la foreuse s’est cassée. À 148 mètres, une deuxième mèche a subi le même sort. Heureusement, à la troisième tentative – dans un coin de la cour, à 179 mètres sous terre – la chance nous a souri et nous avons trouvé de l’eau. La semaine prochaine, nous allons apporter une pompe pour que le village soit de nouveau approvisionné en eau potable.

Il faudra cependant du combustible qui coûtera de l’argent. Le comité de gestion de l’eau du village devra mettre tout le monde à contribution; il s’agit d’une situation très difficile pour les bergers nomades qui viennent tout juste d’arriver.

Aux abords du village, nous nous entassons dans une maniata, une petite hutte circulaire faite de peaux et de bâtons, avec, ça et là, des morceaux de plastique. Les nomades peuvent plier bagage facilement grâce à ces remarquables maisons mobiles et ainsi se déplacer pour suivre leur troupeau de pâturage en pâturage. Raha et son mari continuent de vivre dans leur maison mobile, mais ils ne se déplacent plus nulle part. Il n’y a pas si longtemps, ils possédaient 100 vaches et voyageaient d’un point d’eau à un autre.

« Il n’a pas véritablement plu depuis trois ans, nous explique Raha. Toutes nos vaches sont mortes. Nous sommes venus ici parce que nous avons des parents et nous avons entendu dire qu’il y aurait de l’eau. »

« Et s’il pleut à nouveau? » ai-je demandé.

« Nous allons rester. Nous n’avons plus de bétail. »

« Mais de quoi vivrez-vous? »

Le mari de Raha me répond. « J’ai trouvé un emploi dans une ONG : je monte des tentes pour les réfugiés. Comme je suis Kényan, mes enfants peuvent aller à l’école. Deux d’entre eux fréquentent déjà l’école du village. »

La sécheresse a fait grimper de 150 à 700 le nombre de familles habitant le village de Labisigale. Cependant, combien de familles cette terre desséchée peut-elle accueillir? Et comment ces fiers bergers peuvent-ils se résigner à devenir soudainement sédentaires, même si cela permet à leurs enfants de fréquenter l’école? Même si le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés reçoit les 45 000 tentes nécessaires pour loger les nouveaux arrivants, il ne peut s’agir d’une solution permanente.

Les bergers gagnaient leur vie dans la région. Ils sont devenus des réfugiés en raison des changements climatiques. Même si la pluie revenait, ils ont déjà trop perdu. Même si la pluie revenait, leur mode de vie a brusquement changé… pour toujours.

Il est vrai que leurs enfants iront à l’école et c’est d’ailleurs le côté positif de la situation. Le directeur de l’école, intelligent et énergique, s’est engagé à améliorer les conditions de vie des enfants de sa communauté. Mais, même pour une personne optimiste comme moi qui croit au pouvoir qu’a l’éducation de transformer de façon durable le monde, je ne peux m’empêcher de me demander si cela peut compenser la difficile transition que vivent ces fiers bergers dorénavant sédentaires, ici, à Labisigale.