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Haïti : "C’est comme si une bombe atomique avait explosé."

Deux semaines après l’ouragan Matthew, le représentant adjoint de l’UNICEF en Haïti témoigne de son dernier déplacement dans les zones affectées par la catastrophe qui a frappé le pays le 4 octobre dernier. Jean Ludovic Metenier a constaté que les premiers dons reçus ont permis d’apporter une aide humanitaire vitale aux enfants, mais les besoins sont immenses et les prochains mois s’annoncent difficiles pour plus de 1,2 million de personnes en détresse.

« À Port-au-Prince, tout est presque normal. Mais quand on arrive dans les zones affectées, c’est comme si une bombe atomique avait explosé. Tout est détruit. Pratiquement aucune infrastructure n’a résisté, que ce soit les maisons, les écoles ou les centres de santé. La végétation a été arrachée. C’est comme si le front de mer avait été balayé par un tsunami. L’ampleur des dégâts est extraordinaire. J’ai 25 ans d’expérience au sein de l’UNICEF, et la seule comparaison que je peux faire, c’est le tsunami de 2004 à Banda Aceh, en Indonésie.

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Dès les 48 premières heures, notre priorité a été de subvenir aux besoins de base de ces familles qui ont tout perdu : accès à l’eau potable, appui aux structures de santé pour prendre en charge les enfants qui en avaient besoin, distribution notamment de couvertures, de bâches, de matériel de cuisine, et bien plus. Nous avions anticipé l’ouragan, fait des provisions et préalablement positionné du matériel. Grâce à cela, nous avons pu intervenir rapidement après la catastrophe, notamment en distribuant des comprimés de purification de l’eau stagnante afin que les familles puissent boire en toute sécurité le temps que nous réparions les systèmes de distribution d’eau potable.

Cela a permis également de limiter la propagation exponentielle de maladies. On observe une augmentation des cas de diarrhées aiguës, dont certains cas confirmés de choléra, mais ce n’est pas la flambée énorme à laquelle nous aurions pu faire face si nous n’avions pas agi aussi vite. Le choléra reste cependant une menace étant donné qu’il était déjà présent dans le pays : il y a eu 30 000 cas suspectés depuis le début de l’année. En plus, l’après-ouragan Matthew rassemble toutes les conditions pour la propagation de ce type de fléau auquel les enfants sont particulièrement vulnérables.

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L’autre urgence est le manque cruel de nourriture : 80 pour cent des cultures ont été endommagées ou complètement détruites. La situation est grave. Il faudra quatre à six mois pour pouvoir récolter à nouveau. D’ici là, on s’attend à une détérioration rapide de la situation nutritionnelle des enfants. On dénombre 500 000 enfants dans les zones affectées par l’ouragan : un quart d’entre eux sont âgés de moins de cinq ans et sont particulièrement vulnérables face à la malnutrition.

En matière de santé, de nombreuses personnes ont été blessées par les débris et les tôles déchiquetées qui volaient et, compte tenu des difficultés d'accès, les blessures se sont infectées. Nous avons épuisé toutes les provisions de matériel médical, mais heureusement, un nouvel avion-cargo vient de nous être envoyé avec 100 tonnes de matériel d’urgence : un million de sachets de sels de réhydratation orale (qui peuvent sauver les enfants qui souffrent de diarrhées aiguës), 600 000 boîtes de comprimés de purification de l’eau, des trousses pour le traitement de la diarrhée, des médicaments, du matériel médical, des trousses d’accouchement, des fournitures scolaires et 200 Écoles en boîte

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Je voudrais dire un grand merci aux donateurs et aux donatrices. Votre soutien est vital. L’aide humanitaire sera cruciale le temps que les systèmes d’eau et les cultures dans les champs puissent à nouveau subvenir aux besoins des familles. Nous faisons tout notre possible pour fournir, avec l’ensemble de nos partenaires, cette aide d’urgence, et dès maintenant nous commençons à mettre en place des activités de relèvement communautaire. Il reste que ce sera un défi d’une amplitude similaire à celui du tremblement de terre de 2010.

Les jours qui ont suivi l’ouragan, les zones affectées étaient inaccessibles et il était difficile d’évaluer l’ampleur des besoins des enfants. Aujourd’hui, nous savons. Et nous savons qu’ils sont immenses. Tous les dons, peu importe le montant, permettent d’apporter une aide.

L’une de nos priorités est de permettre aux enfants de retourner à l’école et de retrouver une vie normale, mais la plupart des écoles ont perdu leur toit et tous les cahiers ont été détruits ou perdus pendant l’ouragan. Avec moins de 20 dollars, nous pouvons procurer des fournitures scolaires indispensables pour 35 enfants. Merci infiniment de nous aider à offrir un avenir à ces enfants. »

Jean Ludovic Metenier est le représentant adjoint de l’UNICEF en Haïti.

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