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Le Blogue de David: le Soudan du Sud, Jour 2

La route qui mène de Juba à Malakal est longue et souvent impraticable en raison de la pluie et des combats. Nous avons donc embarqué à bord d’un avion des Nations Unies chargé de livrer des gilets pare-balles et d’autres fournitures à notre personnel sur le terrain.

Dans le petit avion de quinze places seulement, nos pilotes russes nous transmettent régulièrement des consignes de sécurité, puis nous survolons l’étendue plate et verte du Soudan du Sud. Après environ une heure, tandis que nous nous approchons de Malakal, la plaine verte devient ponctuée de villages incendiés, vestiges des combats qui ont eu lieu plus tôt cette année. La ville de Malakal elle-même est presque déserte, et est occupée par des soldats. Notre bureau et notre entrepôt ont été pillés lors des combats. « Tout est calme actuellement, mais la situation est imprévisible », nous explique Robert, notre spécialiste en matière de nutrition.

Nous nous dirigeons vers le centre de protection des civils établi au sein du contingent de la mission de maintien de la paix des Nations Unies. Comment vous le décrire? Des tentes sont plantées serrées les unes contre les autres, et les familles vivent côte à côte. La boue est omniprésente. Lorsqu’elle est mouillée, elle colle à vos chaussures (si vous en avez) et, lorsqu’elle est sèche, elle est aussi dure que du béton, jusqu’à ce qu’il pleuve à nouveau et que tout redevienne humide et boueux. Il y a de l’eau stagnante partout, y compris dans de nombreuses tentes.

Cet endroit est digne du premier cercle de l’Enfer de Dante.

Les gens restent malgré tout ici, car ce serait pire à l’extérieur. Leur maison a été détruite ou est occupée par des soldats. Beaucoup d’hommes ont été tués et des femmes ont été violées. C’est le moment de l’année où tous veulent et doivent planter et semer leurs récoltes, mais la menace et le risque de violence à l’extérieur sont trop grands.

Le taux de malnutrition est en hausse et dépasse les niveaux d’urgence mondiaux. C’est pourquoi nous sonnons l’alarme, car, à défaut de recevoir une aide supplémentaire, 50 000 enfants au Soudan du Sud mourront avant la fin de l’année, ce qui correspond à 211 enfants par jour. Un enfant mourra toutes les cinq minutes si nous n’obtenons pas davantage de nourriture, de Plumpy'nutMD et de médicaments, et à moins que les combattants ne décident qu’ils sont prêts à travailler pour ramener la paix.

La violence sexiste est réelle et constante. Les femmes qui vont dans la ville de Malakal risquent d’être violées, et beaucoup ont subi des préjudices indescriptibles. C’est pourquoi nous avons soutenu des groupes d’entraide qui permettent aux femmes de se réunir et de parler de leurs expériences. Rachel dirige l’un de ces groupes.

« Lorsque la violence a éclaté, nous nous sommes réfugiées dans les églises et à l’hôpital d’enseignement. Nous pensions y être à l’abri, mais les combats continuaient, et même ces endroits n’étaient pas sécuritaires. Beaucoup d’hommes ont été tués et nous sommes donc venues ici en février. Les Nations Unies nous ont permis d’entrer, et tous ces gens sont ici depuis. Les conditions de vie sont très difficiles. Ce sol n’est pas fait pour y vivre, il y a de l’eau partout, mais au moins, ici, nous sommes protégées. »

« C’est difficile. Nous sommes si près de Malakal, mais nos maisons ont été pillées. Regardez-moi. Je suis la directrice d’une école et je vois partout des enfants d’âge primaire qui ont perdu leur année scolaire », poursuit-elle.

« S’il y avait la paix, je rentrerais chez moi. Je planterais mes semences, et mes enfants mangeraient les produits récoltés. Mais j’ai perdu des membres de ma famille et je ne peux pas rentrer à la maison tant et aussi longtemps qu’il y aura ces tueries », ajoute Grace, une autre membre du groupe.

J’étais sans voix. Que dire devant une telle agonie et de telles pertes? « Comment faites-vous? Vous dirigez ce groupe; comment faites-vous pour tenir bon? », ai-je enfin demandé à Rachel. « Ma foi me permet de continuer, et nous n’avons pas le choix », a-t-elle répondu, les larmes aux yeux.

« Nous serons là et nous soutiendrons ces services aussi longtemps que possible. Lorsque le nouveau centre de protection des civils ouvrira, nous pourrons contribuer à l’établissement d’écoles et nous continuerons également d’apporter notre aide aux cliniques », a dit doucement à Rachel notre représentant national en poste ici, Jonathan Veitch. Une fois sortis de la tente, sa colère et sa passion ont toutefois explosé. « Nous avons besoin de plus de fonds, de plus de personnel et de plus de fournitures. Le taux de malnutrition aiguë est trop élevé, mais le véritable problème réside dans la distribution des aliments. Nous ne pouvons pas simplement attendre que davantage d’enfants souffrent de malnutrition sévère; ils ont tous besoin de nourriture dès maintenant. Si le choléra arrive jusqu’ici, avec autant d’enfants dénutris, beaucoup trop mourront. »

Cet enfant âgé de cinq ans est traité contre le choléra.

Certaines choses semblent s’améliorer. Il y a des signes de vie communautaire dans le petit marché situé sur la route principale du centre de protection des civils. Il y a deux librairies, quelques bouchers, des magasins de charbon, et des kiosques où il est possible de charger son téléphone cellulaire. Le centre de protection des civils est de plus en expansion vers, nous l’espérons, une région plus sèche et qui procurera un peu plus d’espace.

Des personnes vivent cependant ici, dans la boue et dans les eaux usées, sans la moindre possibilité en vue. Quiconque un peu sensé aurait quitté cet endroit, mais personne ne l’a fait, car ce qu’il se passe à l’extérieur des murs du camp est bien pire que les conditions à l’intérieur.

Nous devons donc continuer de faire de notre mieux pour aider ces personnes. Il ne faut toutefois pas oublier que ces dernières ont de la chance : elles bénéficient d’un certain degré de protection, ce qui n’est pas le cas pour ceux et celles qui se trouvent à l’extérieur du centre.

Devrons-nous attendre qu’il y ait une famine pour que la communauté internationale décide d’apporter son aide?

 

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