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Le compte rendu direct de Pernille Ironside sur la mission visant à trouver les enfants soldats délaissés du Soudan

2009-08-23

 

 

Image de l'UNICEF

© Pernille Ironside/UNICEF

La spécialiste de la protection de l'enfant dans les situations d'urgence auprès de l'UNICEF, Pernille Ironside, au cours de sa mission au Sud-Soudan.

La Canadienne Pernille Ironside, spécialiste de la protection de l'enfant auprès de l'UNICEF, vient de rentrer d'une mission au Soudan pour observer le travail de réinsertion d’enfants soldats par l’organisme. Voici le compte rendu de sa visite.

Par Pernille Ironside

AWIEL, Soudan, 12 août 2009 - Nous arrivons dans la petite localité humide d'Awiel à bord des différents avions de l'ONU qui nous ont amenés dans cet endroit éloigné et qui deviennent de plus en plus petits à chaque étape du voyage. Maintenant, nous allons entreprendre un voyage par route de plusieurs jours qui nous conduira dans trois États du Soudan du Sud et à proximité des régions agitées du Sud-Darfour, au nord du Soudan.

Ma mission est d'observer comment l'UNICEF et ses partenaires apportent leur appui à la libération et à la réinsertion des enfants associés à l'Armée populaire de libération du Soudan (APLS) au Soudan du Sud. Un Accord de paix global (APG) entre l'APLS et les forces armées soudanaises a été signé en 2005. L'accord demandait la libération de tous les enfants soldats se trouvant au sein de l'APLS dans un délai de six mois.

Quelque 1 500 enfants ayant été libérés au cours des deux premières années, un suivi de la situation et des prestations limités pour les aider à retourner à la vie civile implique que de nombreux enfants sont retournés au sein de l'APLS, convaincus qu'ils n'avaient pas d'autre option.

Nous sommes décidés à prendre des mesures pour s’attaquer aux difficultés que rencontrent ces enfants et les 1000 autres qui, selon des estimations, se trouveraient toujours dans les rangs de l'APLS.

4 juin

Nous partons tôt le matin pour Wunyik, le quartier général de la division n°3 de l'APLS. Soixante-treize garçons y ont été retrouvés mais, malgré les efforts de la Commission de désarmement, de démobilisation et de réinsertion du Soudan du Sud (CDDRSS) pour les immatriculer officiellement, les choses n'ont pas été faciles. Le commandant, un major général, et son chef d'orientation militaire et politique, un brigadier général, que nous avons rencontrés prétendent qu'il n'y pas ici d'enfants soldats et que tous ont été libérés en 2005 conformément aux directives.

Image de l'UNICEF

© Pernille Ironside/UNICEF

Une école non officielle gérée par l'APLS au Soudan du Sud.

« Seuls des enfants de soldats se trouvant actuellement sur le front et ceux dont le père est mort au combat se trouvent aujourd'hui ici, » nous affirme-t-on.

Ils nous montrent une école située dans l'enceinte du camp militaire comptant plus de 1 300 élèves suivant des cours d'enseignement primaire sous des arbres. Les élèves sont des « enfants de l'APLS » et des enfants du village voisin. Après plus ample discussion, les commandants reconnaissent qu'au moins 50 garçons qui avaient été démobilisés auparavant sont retournés avec eux mais, comme ils font aujourd'hui leurs études à l'école de l'APLS, les commandants pensent que cela ne devrait pas être pour nous un sujet de préoccupation.

Plus tard dans la journée, nous rencontrons un autre commandant de brigade qui nous accueille avec une hospitalité sincère et des boissons fraîches. Selon lui, il n'y a pas d'enfants qui restent dans sa brigade et il nous affirme que nous sommes libres de le vérifier n'importe quand. Nous acceptons son offre.

5 juin

Nous passons la journée à visiter deux emplacements où se déroulent des programmes destinés à aider les enfants vulnérables, dont des anciens enfants soldats, grâce à l’apprentissage de connaissances nécessaires à la vie quotidienne, à une formation professionnelle et à la scolarisation.

Le premier est un nouveau centre de formation professionnelle que dirige à Malualkon l’organisme Save The Children Suède, où 121 élèves y apprennent la menuiserie, la maçonnerie, l'agriculture, la confection et la broderie. Ils y restent pour une durée pouvant aller jusqu’à neuf mois.

Nous examinons un ancien centre se trouvant à proximité et qui pourrait faire l'objet de réparations pour assurer une prise en charge intermédiaire aux enfants libérés par l'APLS avant d'être réunis auprès de leur famille. Aujourd'hui, le temps qui s’écoule entre l'identification des enfants dans les forces armées et leur retour dans leur foyer est trop long.

Une de mes recommandations est la mise en place d'un projet de prise en charge intermédiaire comme les familles d'accueil, qui peuvent apporter un soutien à l’enfant durant la transition entre les casernes militaires et la vie familiale.

Image de l'UNICEF

© Pernille Ironside/UNICEF

De jeunes garçons en train de jouer à un jeu de société du pays à Malualkon, au Sud-Soudan.

A Wau, j'effectue la visite d'un club de jeunes où des enfants vivant dans la rue et divers autres appartenant à la communauté locale ont accès à des conseillers, des loisirs et des activités liées à la vie courante. Mais apporter à ces jeunes une solution de rechange viable à la vie militaire représente un défi.

6 juin

Aujourd'hui, nous nous trouvons à Mapel et au quartier général de la division n°5 de l'APLS. Nous y rencontrons le commandant et son responsable de l'orientation militaire et politique. Ils confirment ouvertement qu'il y au moins 50 enfants qui doivent être démobilisés. Ils souhaitent que nous les emmenions et leur offrions des possibilités pour leur avenir lors du retour dans leur communauté d'origine.

Tandis que nous nous entretenons avec les enfants pendant plus d'une heure dans une petite hutte, ceux-ci semblent pleins d'anxiété, de scepticisme et d'interrogations sur ce qui les attend s'ils quittent l'armée. Un certain nombre d'entre eux ont été précédemment démobilisés et, ne trouvant aucun soutien chez eux, sont retournés auprès de l'APLS.

Pourtant, presque tous les enfants affirment qu'ils souhaiteraient retourner à l'école, s'ils le pouvaient, et de préférence en restant ensemble en tant que groupe. Il existe entre eux des liens profonds tissés sans aucun doute à travers les nombreuses et difficiles expériences qu'ils ont vécues ensemble.

Il est évident que pour que ce programme réussisse, il est essentiel de communiquer régulièrement avec ces enfants pour gagner leur confiance et répondre à leurs questions; cela veut dire aussi que nous ne pouvons pas nous manquer à nos engagements.

Johnny et Abraham

À une heure de là, à Tonj, nous rencontrons deux enfants qui faisant auparavant partie de l'APLS et qui reçoivent aujourd'hui une aide pour pouvoir retourner à l'école.

Johnny, âgé de 13 ans, a récemment commencé des cours de rattrapage et souhaite suivre le programme scolaire régulier. Il vit avec une famille d'accueil et est heureux. Abraham, âgé de 15 ans, fréquente l'école primaire et vit avec son oncle et des proches.

Cependant, la vie n'est pas facile pour Abraham. Il n'a pas d'argent pour payer les droits de scolarité ou pour s'acheter un uniforme et, dans cette famille, j'ai compté au moins 12 bouches à nourrir.

Contribuer aux droits de scolarité avec une activité générant un petit revenu pourrait vraiment permettre d'aider Abraham à ne pas devoir abandonner l'école pour participer davantage aux besoins financiers de la famille.

Point de vue direct

Passer la journée avec des enfants aux deux extrémités du long et difficile processus de libération et de réinsertion m'a apporté exactement le point de vue direct que j'espérais.

Il n'y a pas de solution simple à la question des anciens enfants soldats. La culture du Soudan du Sud doit être prise en compte dans notre intervention si nous voulons réussir dans notre but de compenser tant d'années d'enfance perdues et aider ces jeunes à participer positivement à un avenir paisible pour le Soudan du Sud.

Les noms des enfants ont été modifiés pour protéger leur identité.

Renseignements:

Stefanie Carmichael, Spécialiste des communications, (416) 482-6552 poste 8866, scarmichael@unicef.ca