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Blogue de David Morley : Les soins de santé à Zanzibar

Par David Morley


Président et chef de la direction d’UNICEF Canada

Le 13 mars 2012 - Zanzibar, en Tanzanie


L'équipe de l’UNICEF rencontre les dévoués bénévoles du CORPS, à l'extérieur de l'hôpital Makundushi, en Tanzanie.

À cause de mon nom, je me suis habitué à ce que mes interlocuteurs soient déçus, et hier n'a pas fait exception. Lorsque j'ai rencontré le Dre Suhba, notre chef de la santé ici, en Tanzanie, elle était enthousiaste. « Je souhaitais tellement vous rencontrer, j'ai lu tous vos livres », a-t-elle affirmé. Puis, d'un air étonné, « mais vous êtes bien plus jeune que je pensais… » Avant qu'elle puisse continuer, je lui ai expliqué.

« Je ne suis pas le David Morley dont vous parlez », lui ai-je dit.

Le Dr David Morley, pas moi, a été un pionnier en matière de santé publique dans le monde. Thérapie de réhydratation orale, vulgarisation de la mesure du tour de bras de l'enfant pour dépister la gravité de sa malnutrition, encouragement à investir dans des cliniques en milieu rural; sur de nombreux fronts, il a établi les fondements des initiatives en matière de santé publique dans les pays en développement. C'est pourquoi, lors d'une première rencontre, je me suis habitué à ce que les professionnels et professionnelles de la santé de l'hémisphère Sud soient un peu déçus quand je leur dis que je ne suis pas ce DMorley.

Ce qui n'a pas été décevant, par contre, a été de voir à l'œuvre le système de santé à Zanzibar. À l’échelle communautaire, on trouve les bénévoles du CORPS.  Ce sont des bénévoles communautaires qui, après avoir reçu une formation auprès de l'UNICEF, deviennent des prestataires de soins de santé primaires dans leur village. Dans un petit village constitué de maisons basses en pisé ocre regroupées serrées le long d'une rue principale, où un adolescent faisait griller des arachides au-dessus d'un feu à ciel ouvert pendant que des enfants plus jeunes jouaient dans une maison déserte, ils m'ont présenté certains de leurs patients et de leurs patientes.  Dans une hutte se trouvait une mère dont l'enfant était né avec un poids faible. Sur la place du village, un simple petit terrain poussiéreux, nous avons rencontré une femme ayant perdu sa fille à la naissance, et qui était maintenant laissée aux soins de sa grand-mère.

« Tant de bébés sont petits à la naissance que tout le monde considère que c'est normal », explique Eliphas, notre promoteur de la santé. « Nous savons toutefois qu'un faible poids à la naissance et une alimentation insuffisante au cours des deux premières années entraînent un retard de croissance, ce qui a des répercussions qui durent toute la vie. » C'est contre cela que les bénévoles du CORPS se battent : en grandissant, les enfants qui ont souffert de ce problème sont moins aptes à terminer leur scolarité et à travailler, et gagneront presque un quart de moins que ne le feront, une fois plus âgés, les autres bébés en meilleure santé. En Tanzanie, quatre enfants sur dix souffrent d'un retard de croissance : en fournissant des suppléments alimentaires et du soutien postnatal dans le village, les bénévoles du CORPS combattent les retards de croissance et sauvent des vies.

Une nouvelle technologie étend la portée de leur travail. Les téléphones cellulaires Android avec une application spéciale pour la santé signifient que les travailleurs et les travailleuses en santé communautaire qui œuvrent dans des villages pauvres et éloignés peuvent entrer dans leur téléphone cellulaire les données sur leurs patients et patientes, et les envoyer directement au poste sanitaire du district. Et lorsque l'état d'un patient ou d’une patiente présente des complications, le bénévole reçoit sur son téléphone le diagnostic et les suggestions de traitement. « Cette technologie rend notre travail plus efficace. Nous obtenons plus rapidement les informations et pouvons ainsi répondre plus vite aux besoins des enfants.  C'est un projet pilote, l'application ne vise que la santé maternelle et des nouveau-nés, mais si elle se révèle aussi utile que nous le pensons, nous l'utiliserons aussi pour d'autres secteurs des soins de santé. »

« Recueillir les données de cette façon diminue les coûts reliés aux enquêtes sanitaires, car nous obtenons des informations en temps réel sur nos patients : le système de santé sera à même de réagir plus vite aux tendances émergentes en santé. »  Je ne peux alors m'empêcher de penser à la triste réalité des dossiers de santé informatisés en Ontario.

Mais n'allez pas penser que tout va bien à Zanzibar.  Quelque 4,5 % des enfants souffrent de malnutrition grave, et j’ai de la difficulté à comprendre comment ce peut être le cas, dans un lieu aussi luxuriant; le statut inférieur des femmes en est certainement une des causes principales. Le plus grand hôpital à Stonetown est presque centenaire. Parfois, trois patients doivent partager un lit qui est, disons-le, sale. Cette situation me rappelle ce qu'un ami de la République dominicaine m'avait dit il y a trente ans : « Nous n'allons pas à l'hôpital pour aller mieux.  Nous y allons pour y mourir ».  Heureusement, le personnel bénévole en santé communautaire, avec ses téléphones cellulaires et ses connaissances médicales, sauve la vie d'enfants. Il constitue un élément de la solution.

Je pense que l’autre David Morley serait content de notre travail.