Par Muzhda, participante au Programme jeunesse de défense et de promotion des droits d’UNICEF Canada

Alors que les enfants dans de nombreuses régions de l’Afghanistan reprennent le chemin de l’école en mars, les salles de classe vont commencer à se remplir à nouveau. Les cahiers s’ouvriront et les cours de récréation s’animeront. Mais pour de nombreuses filles afghanes, les portes de l’école resteront closes. Cette période de l’année me replonge toujours dans mon propre premier jour d’école en Afghanistan.

C’était un matin de printemps dans le district de Baharak de la province de Badakhshan, en Afghanistan. J’avais six ans et j’allais à l’école pour la première fois avec mes amies. Vêtue de mon uniforme noir et blanc, je portais le sac à dos bleu de l’UNICEF que j’avais reçu quelques jours plus tôt au moment de l’inscription. Nous serrions nos cahiers contre nous, débordantes d’excitation et d’espoir. Nous ne comprenions pas encore toute la portée de l’éducation, mais nous en ressentions déjà la promesse.

Dans un pays marqué par des années de conflit et de profondes inégalités, l’éducation représentait bien plus que simplement apprendre à lire et à écrire. L’école était une protection, un filet de sécurité. Elle retardait les mariages précoces, permettait aux filles de connaître leurs droits et nous permettait d’envisager un avenir au-delà de la simple survie.

Ce premier jour, notre enseignante nous a posé une question simple : « Qui voulez-vous devenir plus tard? »

L’excitation était palpable dans la classe. Nous avons levé les mains et imaginé avec fierté un avenir où nous deviendrions médecins, ingénieures, avocates, journalistes, enseignantes, femmes d’affaires, mairesses et dirigeantes.

Des années ont passé depuis lors. Très peu de filles de cette école sont allées à l’université. Parmi mes amies de première année, je suis la seule à l’avoir fait.

En 2021, avec l’arrivée au pouvoir des talibans, l’éducation secondaire et supérieure des filles a été interdite. Les membres de ma famille et moi avons été contraints de quitter notre foyer et sommes devenus réfugiés avant d’être réinstallés au Canada, où nous vivons actuellement. Ici, j’ai eu une seconde chance. J’ai repris mes études secondaires, obtenu mon diplôme deux ans plus tard et je poursuis maintenant mes études universitaires à l’Université de Toronto. Mais mes amies et des millions d’autres filles n’ont pas eu cette possibilité. Et tant que la situation ne changera pas, elles ne l’auront peut-être jamais.

L’Afghanistan se distingue tragiquement comme le seul pays au monde où l’éducation secondaire et supérieure est strictement interdite aux filles et aux femmes. Selon l’UNICEF et l’UNESCO, 2,2 millions d’adolescentes se voient interdire l’accès à l’école secondaire, ce qui limite considérablement leurs perspectives d’avenir et le développement du pays. Si cette interdiction est maintenue, des millions d’autres filles perdront non seulement leur éducation, mais aussi leur avenir, ce qui mettra des vies en danger en raison de l’augmentation des mariages précoces, de la pauvreté et d’un manque catastrophique de travailleuses de la santé.

L’UNICEF continue de soutenir une approche globale du redressement de l’éducation en Afghanistan. Cela comprend la réhabilitation des écoles, le renforcement des capacités du personnel enseignant, l’élargissement des apprentissages fondamentaux et le soutien au développement des compétences des jeunes, en particulier des filles et des femmes exclues de l’éducation formelle.

Chaque fille mérite son droit à l’éducation. C’est pourquoi, par mon travail de défense et de promotion des droits, j’exhorte les gouvernements, les défenseures et défenseurs des droits, les éducatrices et éducateurs, les innovatrices et innovateurs, et nous toutes et tous à utiliser notre influence et nos plateformes pour exiger le rétablissement immédiat de l’éducation des filles en Afghanistan. L’éducation ne saurait être conditionnelle, différée ou refusée.

Muzhda est une jeune militante pour l’éducation des filles et les droits des réfugiés, et une participante au Programme jeunesse de défense et de promotion des droits d’UNICEF Canada. Elle est la fondatrice de CodeGreenAfg, une initiative menée par des jeunes qui procure des ressources et des possibilités éducatives aux filles afghanes, notamment en distribuant des milliers de livres et en menant des programmes de sensibilisation. Elle a également lancé #BlackAndWhiteForHerRight, un mouvement numérique mondial qui utilise son uniforme scolaire noir et blanc comme symbole de solidarité avec les filles afghanes. Elle a reçu le prix Diana pour son action sociale.