« Cela fait du bien d’aider les autres, en particulier les enfants, mais nous ne sommes pas nombreux et c’est un travail difficile », explique Tirusew Getachew, une travailleuse sociale basée dans la capitale de l’Éthiopie.

Tirusew fait partie d’un groupe de trois travailleuses et travailleurs sociaux actuellement affectés à cinq centres de quarantaine pour les migrants éthiopiens qui ont été expulsés d’autres pays. En raison de l’augmentation du nombre de migrants de retour chez eux en pleine pandémie de COVID-19, dont beaucoup d’enfants non accompagnés âgés de moins de 18 ans, les centres de quarantaine peinent à garantir que les personnes rapatriées puissent être réintégrées en toute sécurité.

Tirusew, dont le nom signifie « bonne personne » en amharique, l’une des principales langues d’Éthiopie, sait qu’elle doit aborder en douceur les enfants qui arrivent dans les centres. Beaucoup d’entre eux sont extrêmement perturbés après avoir subi des sévices émotionnels et physiques de la part de passeurs et de trafiquants d’êtres humains.

« Je ne leur demande pas d’emblée ce qui leur est arrivé. Je prends mon temps pour gagner leur confiance afin qu’ils puissent parler librement », explique-t-elle.

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[© UNICEF/UNI326691/Tesfaye]

L’approche empathique de Tirusew ne vient pas uniquement de sa formation, elle est aussi due en partie au souvenir de son enfance difficile. « Mon père est décédé lorsque j’étais âgée de 12 ans, et j’ai dû m’occuper de mes six frères et sœurs. Depuis lors, j’ai toujours ressenti le besoin de protéger les enfants », explique-t-elle.

Après avoir pris le temps de mettre un enfant à l’aise, Tirusew procède à une évaluation approfondie de sa vulnérabilité, y compris de ce qu’il a vécu avant, pendant et après sa migration. Les personnes migrantes qui ont subi des violences psychologiques, sexuelles et physiques sont orientées vers un service de soutien psychosocial ou d’autres services de soins de santé.

Une fois l’évaluation terminée, Tirusew entame le processus de recherche de la famille de l’enfant, ce qui est plus facile à dire qu’à faire. Beaucoup d’enfants ont entrepris des voyages périlleux à partir de villages ruraux n’ayant que peu ou pas d’accès à des téléphones ou à d’autres moyens de communication. Dans les cas où la famille est retracée, Tirusew accompagne souvent l’enfant dans son village.

LE RETOUR À LA MAISON EST COMPLIQUÉ

Cependant, les enfants ne souhaitent pas tous rentrer chez eux. Certains étaient maltraités par un membre de la famille avant de partir. D’autres se sentent coupables de rentrer chez eux parce que dès le début leur famille a vendu certains biens pour payer les sommes exorbitantes exigées par les passeurs et les trafiquants pour les faire sortir du pays.

Tirusew travaille en étroite collaboration avec les autorités locales pour aider les enfants à réintégrer leur famille et leur communauté et les inscrire à l’école, lorsque cela peut se faire en toute sécurité. Mais la présence de la COVID-19 complique davantage la réintégration des enfants. Non seulement le nombre de personnes rapatriées augmente rapidement, mais celles qui reviennent doivent être gardées en isolement pendant 14 jours pour s’assurer qu’elles n’ont pas le coronavirus, ce qui risque de créer une nouvelle stigmatisation au sein de la communauté.

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[© UNICEF/UNI327045/Ayene]

« Les gens ne comprennent pas le but de la quarantaine. Ces personnes migrantes et rapatriées ne sont pas ici parce qu’elles sont malades. Ce n’est qu’une précaution », explique Kidist Gebrehanna, un directeur du centre où travaille Tirusew.

La gestion du site et les opérations quotidiennes dans les centres de quarantaine sont soutenues par l’Organisation internationale pour les migrations, tandis que l’UNICEF, qui travaille en étroite collaboration avec le Bureau pour les femmes, les enfants et les jeunes d’Addis Abeba, a soutenu le recrutement, la formation et le déploiement des travailleuses et travailleurs sociaux. L’UNICEF a également fourni, entre autres, du savon, des trousses de produits d’hygiène et des trousses récréatives.

Karin Heissler, la chef de la protection de l’enfant à UNICEF Éthiopie, explique que le pays fait face à une pénurie de travailleuses et travailleurs sociaux. « [Ces derniers] sont essentiels pour déterminer les risques, faciliter l’accès aux services de protection et veiller à ce que les enfants soient protégés contre la violence, l’exploitation, la négligence et la séparation des familles. »

Tirusew espère pouvoir d’ici quelques jours réunir le premier groupe d’enfants non accompagnés mis en quarantaine avec leur famille, ce qui constitue une étape importante pour la protection de l’enfant. Malgré l’importance de son travail, Tirusew dit que, selon elle, les gens ne comprennent pas le rôle essentiel qu’elle et ses collègues jouent pour assurer la sécurité des enfants.

« Les travailleurs sociaux sont comme les médecins et le personnel infirmier. Nous avons besoin de l’encouragement de tous. »